Apprenez à écrire par la pratique


#1

J’ai tourné cette petite vidéo lors de la dernière rencontre Paris J’écris que j’organisais au Labo de l’édition. Je proposais aux participants d’écrire une courte histoire en partant d’une prémisse intéressante de conte fantastique trouvée chez Julien Gracq. Les résultats ont été très encourageants, surtout vu le peu de temps (un peu moins d’une heure) que je leur avais laissé pour écrire.

Je crois qu’on apprend beaucoup en pratiquant, mais il y a sans doute d’autres méthodes. Quelles sont les vôtres ?


#2

Pour mes poèmes, j’ai souvent fonctionné à partir de petits détails que j’observe dans la vie. Soit un instant de vie unique, soit une phrase dans un livre dont l’auteur pensait peut-être qu’elle allait passer inaperçue, ignorant lui-même sa portée et son retentissement. (Les écrivains sont infiniment plus féconds qu’ils le pensent.)

Dans le livre que je lis, La Bonne Vie de Matthieu Mégevand – retraçant la vie du poète Roger Gilbert-Lecomte –, j’ai noté ce passage :

Ce sont dans les spectacles en apparence insignifiants, dans des instants anecdotiques que me viennent ces sensations bouleversantes qui rendent d’un seul coup ses forces immenses à la vie.

Cette question du détail qui éclaire l’universel est importante dans ma pratique de l’écriture.


#3

Je trouve que l’exercice du pastiche est très intéressant. C’est à mon avis une méthode pratique et stimulante pour progresser.


#4

Je crois qu’il faut se mettre dans des conditions réelles de pratique pour ressentir et saisir le processus créatif tel qu’il est. Je ne crois pas aux contraintes artificielles du genre “écrivez x sans utiliser y” ou “écrivez x en utilisant à tout prix z”. Ce sont des exercices pour écoliers, pas pour écrivains.


#5

Nabokov recommandait à ses élèves de recopier très exactement des pages de grands romanciers. Ça me laisse perplexe.


#6

Je crois aussi qu’un écrivain (j’ai oublié son nom) à recopié l’intégralité de “Gatsby” pour ressentir ce que ça faisait d’écrire un chef-d’oeuvre…


#7

Il s’agissait de Hunter S. Thompson, le journaliste gonzo. Dès qu’on écrit, on voit en effet des choses qu’on ne devine pas en lisant.


#8

S. King faisait réciter et enregistrer sur cassette audio des romans entiers à ses enfants. Une corvée sans nom. Mais qui rejoint un conseil que j’entends beaucoup, concernant l’oralité du texte, et qui consiste à réciter à voix haute ce dernier. Pour des raisons de fluidité et de musicalité évidentes. Dans l’exercice extrême de King, il s’agit aussi de s’imprégner du texte, de le vivre activement. Ici des romans classiques de la littérature américaine. Car King comprend l’importance de la Voix du texte, et cela se ressent dans ses livres.

Il m’arrive d’écrire des passages de mes auteurs préférés et je trouve ça utile dans le sens où l’on se rapproche davantage, en terme d’affect et de ressenti, de la fabrique d’une phrase. On pénètre plus avant dans ce procédé d’écriture, tout simplement.