La Ligue des auteurs professionnels ?


#1

La Ligue des auteurs professionnels s’est créée dans le but de défendre les intérêts des auteurs. Qu’en pensez-vous ? Perso, je leur souhaite bien du courage dans leur tentative de faire pression sur les éditeurs pour qu’on soit mieux payés, avec des contrats d’édition légèrement plus équitables. Envers n’importe quel auteur débutant / inconnu / ne vendant pas, l’attitude de l’éditeur est simple : “Tu signes ou tu dégages.”


#2

C’est une initiative charmante qui fera du bien à ceux qui se sentent volés ; en cas d’injustice ressentie ou avérée, il est toujours bon de se regrouper sous forme de collectif.

Je pense qu’il n’y aura aucun changement concret. Je ne vois pas comment on peut négocier si l’on ne génère pas de valeur, si l’on ne vend pas. Ça n’a aucun sens, économiquement parlant ; ça en a encore moins pour une industrie qui brasse si peu d’argent. Le chiffre d’affaire de l’édition sur l’année 2017 atteint à peine un peu plus de 500 millions d’euros, il me semble ? Le jeu vidéo, sur le même marché (soit la France), c’est 4.5 milliards. On ne peut gagner de l’argent que si l’on vend, et on ne peut négocier un meilleur pourcentage sur ventes avec son éditeur que si l’on vend assez pour être courtisé par la concurrence ; sans une loi qui viendrait mettre à mal des maisons souvent déjà mal-en-point, aucune revendication ne saurait changer ça (à moins que tous les auteurs français se mettent d’accord pour ne plus rien signer à moins de n%, ce qui n’arrivera sans doute pas).

Aussi, voir cet intéressant épisode de Nouvelle École avec l’agent littéraire de Michel Houellebecq et Virginie Despentes, dont le job est entre autres de négocier pour eux avec le monde de l’édition.


#3

Merci pour les chiffres. Après, la chaîne du livre emploie beaucoup moins de monde que le jeu vidéo, mais tu as raison : il y a moins d’argent à partager, et il y a des coûts incompressibles, même si l’impression à la demande pourrait aider à diminuer les coûts d’impression et de stock (mais je ne me fais pas d’illusion, ce n’est pas pour autant que cela augmenterait la part de l’auteur, mais bien plutôt la marge de l’éditeur). La vraie arnaque, c’est le livre numérique, au coût très faible par rapport au livre analogique et rémunéré quasiment comme un livre imprimé. Les éditeurs ont encore des progrès à faire pour automatiser grâce au numérique la production d’un livre, qui deviendrait moins cher à produire, mais là encore, pas sûr que les auteurs voient la différence. On pratique dans l’édition comme dans toutes les industries qui datent du XXe siècle l’innovation d’optimisation (qui permet de gonfler ses marges), pas celle de rupture (qui permet de changer la donne).

Parler économie à des auteurs, c’est compliqué. D’une part la plupart des gens ne comprennent rien au fonctionnement d’une entreprise capitaliste, d’autre part l’argent, c’est sale.


#4

Tu comprendras ma surprise quand je constate que certains éditeurs (et même gros ou moyens) se passent de publier en numérique. Je ne comprends pas ce choix.

De ce que j’ai compris, il n’y a qu’un template à créer, un fichier ; c’est ce qui coûte le plus cher, et ensuite on balance les textes dedans à la chaîne, comme pour une newsletter Mailchimp.

Il y a un éditeur que j’aime bien, jeune, moderne, qui est sur actif sur Twitter Instagram et tout ; mais il ne publie pas en numérique (peut-être au prétexte qu’en France, les ventes sont marginales), je trouve ça dommage…

Enfin pour revenir aux chiffres de ventes, pas terrible ces nouvelles dans le Figaro économie (quand les gens n’achètent pas de livres j’ai toujours l’impression que les nazis vont revenir) :


#5

Parler économie à des auteurs, c’est compliqué. D’une part la plupart des gens ne comprennent rien au fonctionnement d’une entreprise capitaliste, d’autre part l’argent, c’est sale.

Tu faisais de l’ironie rapport aux auteurs qui ne comprennent pas le fonctionnement d’une entreprise capitaliste ?

Au sujet de l’impossibilité de ces discussions, cette vidéo de Samantha Bailly est bien ; avec de vraies anecdotes bien paternalistes et condescendantes dedans :


#6

Il y a même des frameworks ePub open source comme Blitz, donc le coût de fabrication d’un livre numérique est vraiment proche de zéro. Si la chaîne de production était bien organisée, ie. une seule source qui exporte vers plusieurs formats (epub, mobi, pdf imprimeur, site web), ce coût serait vraiment nul. Mais comme ce n’est pas le cas…


#7

Samantha Bailly pointe des choses hélas bien vraies dans l’édition, même si je ne parlerais pas de “conflit d’intérêts” pour la relation auteur-éditeur. Au contraire, les intérêts sont alignés, mais l’auteur prend bien plus de risques que l’éditeur : il n’a que son propre livre pour gagner, tandis que l’éditeur mise sur plusieurs, espérant qu’un livre sur 10 fonctionne très bien et paye les pertes des 9 autres (économie du hit). C’est pourquoi il y a une surproduction : comme on ne sait pas a priori ce qui va marcher, on lance plein de livres et on regarde ce qui fonctionne. C’est vraiment une stratégie d’investisseur, déguisée derrière un vocabulaire psycho-artistico-affectif qui fait que cette profession n’est vraiment pas… pro.


#8

Ce qui serait intéressant c’est de mettre ces chiffres en perspective avec ceux des auteurs indépendants qui ne sont pas comptabilisés… peut-être que le modèle de l’édition traditionnelle s’essouffle au profit d’un autre ?