Les paragraphes dans un roman


#1

Ce sujet peut paraître simple pour beaucoup. Il ne l’est pas pour moi. En me relisant, je suis impressionné par la disparité en taille de mes paragraphes. Certains peuvent faire 3 pages, notamment quand ce sont des dialogues. D’autres font que quelques lignes.
Comment vous y prenez-vous, globalement, pour passer d’un paragraphe à un autre ? Quels sont vos critères pour justifier le changement de paragraphe ?
Même s’il n’y a sans doute pas de recettes, il doit y avoir des erreurs à ne pas commettre.
Merci.


#2

Un paragraphe est une unité de sens ou d’action. Finis chacun de tes paragraphes dès que tu as l’impression d’avoir dit tout ce que tu avais à dire.

Ce n’est pas un problème s’il y a une hétérogénéité dans la longueur de tes paragraphes. C’est même mieux, je pense, parce que ça veut dire que tu respectes le rythme propre à chacune de ces unités de sens. Il faut parfois trois pages pour montrer quelque chose, parfois trois lignes.


#3

Merci Thibault pour la précision. Donc, plus à ruminer sur la disparité des tailles des paragraphes.


#4

D’accord avec Thibault, mais si vraiment cette “disparité” te dérange, un simple redécoupage (clic + entrée) te permettrait de scinder un paragraphe en deux. J’ai souvent été amené à faire ceci quand je me relisais, et je dois dire que cet exercice a le grand avantage de faire la part dans tes idées. Par exemple, un gros paragraphe contient une scission maladroite, un changement d’ambiance et de propos qui sonne bizarrement au sein du même paragraphe ? hop, je coupe en deux et ça crée comme une respiration, une clarté.

Mais c’est pour chipoter.


#5

Merci du conseil. C’est vrai qu’à certains endroits, des scissions un peu dissonantes par rapport au passage précédent pourraient se prêter à ce que tu proposes.


#6

La fin du paragraphe me semble particulièrement importante (comme la fin d’un chapitre) : elle doit donner envie de lire la suite par une allusion, un doute pour le lecteur, une rupture…


#7

Merci pour ton avis. Jusque là, je faisais ce que tu écris juste à la fin des chapitres.


#8

Perec, Les choses :
J’ai écrit l’autre jour l’intérêt, selon moi, de finir chaque chapitre mais aussi, parfois, voire souvent, chaque paragraphe, par une idée qui invite fortement à lire encore.
Or, je lis Les Choses et je suis justement frappé par la fin de chaque court paragraphe :

8e chapitre : voici les derniers mots des huit premiers paragraphes :

… « les meilleures années de leurs vies. »
… « D’autres livres, d’autres disques étaient venus s’empiler sur les étagères branlantes. Le diamant de l’électrophone commençait à être usé. »
… « des babioles. »
… « comme si tout avait été naturel : les désirs inassouvis, les joies imparfaites, le temps perdu. »
… « nul événement tragique, nulle péripétie ne remettraient en question. »
… « les pièges fascinants du bonheur. »
… « Ils voulaient la surabondance ; ils rêvaient de platines Clément, de plages désertes pour eux seuls, de tours du monde, de palaces. »
… « un gâteau dont ils n’auraient jamais que les miettes. »

Quant à la fin de ce même 8e chapitre :
« Ils s’asseyaient et ils mettaient en marche leurs magnétophones, ils disaient hm hm avec le ton qu’il fallait, ils truquaient leurs interviews, ils bâclaient leurs analyses, ils rêvaient, confusément, d’autre chose. »

On notera bien le dernier mot au singulier…

Quelle leçon, n’est-ce pas ?


#9

Faudrait voir quand même avec les paragraphes entiers, ce que ça donne.

Mais je me plie au jeu, je vais faire de même avec Le Rêve de Zola que je lis actuellement :

[…] toute la floraison enchantée de la femme.

[…] pour y sentir, y voir et y entendre germer la vie ?

[…] un cantique qu’elle aurait chanté, très pur, très fin, se perdant très haut.

[…] l’ardeur dévote d’une prière, dite sans paroles, bouche close.

[…] Angélique, les yeux rêveurs et charmés, aimait la fenêtre.